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Sujet :Apollo 18, 19 et 20 : missions annulées et au revoir prématuré à la Lune
Cachalot93
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Apollo 18, 19 et 20 : l'au revoir prématuré à la Lune
on: 5/11/2019

Nous avons commémoré cet été les 50 ans du premier pas de l'Homme sur la Lune qui s'est déroulé comme vous le savez le 21 juillet 1969 (heure française) durant la mission historique Apollo 11. Après l'extraordinaire promenade de Neil Armstrong et Buzz Aldrin à la surface de l'astre, dix autres hommes firent de même lors de cinq des six missions suivantes (l'accident d'Apollo 13 ayant entraîné l'abandon de la marche sur la Lune), collectant plus de 300 kilogrammes de pierres lunaires, effectuant diverses expériences scientifiques qui aidèrent grandement à modifier en profondeur notre compréhension de la Lune, de sa géologie, de son histoire et des origines du Système solaire, et prenant des milliers de photographies de cette épopée qui constitue encore de nos jours en quelque sorte la parenthèse enchantée de l'histoire spatiale.


Je ne vais pas résumer davantage ce que fut Apollo parce que tout le monde connait l'essentiel du programme. Rappelons juste qu'après tous ces succès de l'astronautique américaine, les voyages humains sur la Lune prennent fin en décembre 1972 avec la mission Apollo 17, qui voit ses deux astronautes être les derniers Hommes à fouler la surface de notre satellite au XXe siècle.



Profitons de l'occasion qui nous est offerte pour rappeler tous les noms des douze hommes qui ont à ce jour marché sur la Lune entre juillet 1969 et décembre 1972 :


Apollo 11 (juillet 1969) : Neil Armstrong et Edwin "Buzz" Aldrin

Apollo 12 (novembre 1969) : Charles Conrad et Alan Bean

Apollo 14 (février 1971) : Alan Shepard et Edgar Mitchell

Apollo 15 (août 1971) : David Scott et James Irwin

Apollo 16 (avril 1972) : John Young et Charles Duke

Apollo 17 (décembre 1972) : Eugene Cernan et Harrison Schmitt



Mais avant que la Lune ne soit abandonnée au début des années 1970 par l'Amérique qui s'est donnée tant de mal à la conquérir, il faut savoir que cette dernière mission lunaire que fut Apollo 17 ne devait pas être à l'origine ce qu'elle fut finalement dans l'Histoire. En effet, au moment où Neil Armstrong et Buzz Aldrin partent pour la Lune ce matin du 16 juillet 1969, le programme Apollo compte un peu plus de missions prévues à son planning.


Comme on le sait, il y a eu Apollo 11, Apollo 12, Apollo 13, Apollo 14, Apollo 15, Apollo 16, Apollo 17… mais devaient partir pour la Lune également les missions Apollo 18, Apollo 19 et Apollo 20.


Pourquoi le conditionnel est-il employé dans la phrase précédente ? Eh bien parce que ces trois missions ne partirent jamais pour notre satellite. Elles furent en effet annulées toutes les trois en 1970 pour diverses raisons que nous évoquerons plus loin.


En 1969, il est prévu qu'Apollo 18, Apollo 19 et Apollo 20 se déroulent toutes les trois en 1972/1973. Les dates prévues de ces missions ont ensuite été changées après l'incident d'Apollo 13 en avril 1970 qui manqua de peu de coûter la vie à ses trois astronautes et entraîna un retard dans la suite du programme puisqu'il fallut en tirer les conséquences et réorganiser le calendrier. La mission Apollo 14, au départ prévue pour la fin de l'année 1970, est donc décalée au début de 1971.


Dans la continuité des missions de plus en plus ambitieuses après Apollo 11, il ne fait aucun doute que ces trois missions prévues auraient été les plus passionnantes et les plus riches en enseignements si elles avaient été menées à bien.


Pour ce qui aurait dû se faire au final, on peut dire que la mission Apollo 18 serait partie durant l'année 1973 en direction du cratère lunaire Copernicus et ses deux astronautes qui auraient marché sur la Lune auraient probablement passé plus de temps sur notre voisine que durant Apollo 17 et les résultats scientifiques auraient été conséquents.


Le cratère lunaire Copernicus où Apollo 18 aurait atterri :



On notera sur cette mission Apollo 18 que Harrison Schmitt, le seul scientifique de formation à avoir à ce jour marché sur la Lune, devait initialement participer à cette mission-ci et non pas à la précédente, Apollo 17. Mais du fait de l'annulation des dernières missions, la communauté scientifique américaine poussa à ce qu'un scientifique parte au moins une fois pour une exploration plus approfondie et professionnelle sur la Lune (les autres astronautes étaient des pilotes civiles ou militaires et ne recevaient qu'une courte formation à la géologie lors de la préparation des missions). Harrison Schmitt fut transféré sur Apollo 17 et devint le dernier être humain à poser le pied sur la Lune au siècle dernier.


Après Apollo 18, Apollo 19 devait à son tour s'envoler pour la Lune en 1974 (après un changement de date, comme pour Apollo 18). Le site lunaire choisi par la NASA était celle du mont Hadley, une région déjà explorée durant l'été 1971 par les astronautes d'Apollo 15.


Le site de Mons Hadley où Apollo 19 aurait atterri :



On notera sur l'équipage que l'astronaute Fred Haise qui était membre de l'équipage sur la mission catastrophique Apollo 13 en avril 1970 devait repartir vers la Lune et enfin marcher sur celle-ci durant cette mission. Mais ce ne fut jamais le cas, du fait de l'annulation de la mission Apollo 19.


Enfin, une ultime mission était originellement prévue : Apollo 20. Dernier voyage prévu des Hommes vers la Lune, il aurait eu pour site d’atterrissage le grand cratère Tycho fin 1972 et aurait probablement battu tous les records établis par les missions lunaires précédentes. Une conclusion en apothéose en somme pour le programme lunaire américain initié par le président Kennedy en 1961.


Le cratère Tycho qui aurait dû servir de décor aux explorations des astronautes d'Apollo 20 :



Mais alors pourquoi ces trois missions prévues par la NASA ne sont-elles jamais parties pour la Lune ? Les raisons sont multiples mais liées à la politique des Etats-Unis. Vous n’êtes pas sans savoir que la conquête de l'espace a eu lieu dans le contexte de la Guerre Froide entre les USA et l'URSS, avec une forte concurrence idéologique entre le capitalisme triomphant de l'Occident et la doctrine communiste de l'Union Soviétique. La course aux armements se muant en parallèle en une course à l'espace, l'effort dans la conquête de la Lune faisait sens et justifiait pour le Congrès les sommes folles engagées dans le programme Apollo. Pour une question d'honneur national et de souci de montrer au monde entier que la pensée américaine était supérieure sur le plan technologique, organisationnel et économique au rival soviétique, il fallait impérativement que l'Amérique relève la tête après toutes les grandes premières spatiales de l'URSS (Spoutnik 1 et Laika en 1957, les sondes Luna 2 et 3 en 1959, le premier vol historique d'un être humain dans l'espace avec Youri Gagarine en 1961, la première sortie extra-véhiculaire avec Alexei Leonov en 1965, etc). C'est cela qui a motivé l'extraordinaire élan financier et technologique des Etats-Unis pour réussir à être la première nation à envoyer des Hommes sur notre satellite et donna lieu à l'épopée Mercury-Gemini-Apollo.


Mais une fois l'objectif atteint par les américains ce fameux 21 juillet 1969 avec les premiers pas de Neil Armstrong et Buzz Aldrin sur la Lune et l'URSS étant désormais enfin battue dans ce domaine (le programme lunaire soviétique N1-L3 ne parviendra d'ailleurs jamais par la suite à déposer des russes sur la Lune et sera abandonné par le pouvoir communiste dans les années 1970), le programme Apollo se trouva bien vite ôté de sa raison d'existence. Dès lors, pour les politiciens et le contribuable américain, on considère qu'il est grand temps de ranger les fusées, surtout au vu du prix qu'elles coûtent. Il faut en plus ajouter à cela un désintérêt général et croissant de la population pour l'aventure lunaire : tout le monde voulait voir le premier pas de l'Homme sur la Lune mais les missions suivantes sont considérées comme de la simple routine ennuyeuse qui ne fait plus rêver. Seule la mésaventure d'Apollo 13 viendra relancer l’intérêt du public pour la Lune, puis les missions Apollo 14, 15, 16 et 17, malgré leurs prouesses et images mémorables, se dérouleront dans une indifférence générale.


Le budget de la NASA est d'ores et déjà grignoté par les hommes politiques dès les premiers mois qui suivent l'exploit de l'été 1969. C'est ainsi qu'en janvier 1970, du fait des coupes budgétaires infligées à l'agence spatiale, il est annoncé que la mission Apollo 20 est annulée. Comme brièvement mentionné précédemment, les missions Apollo 18 et 19 sont recasées dans le calendrier de la NASA pour se poser sur la Lune respectivement en 1973 et 1974. Mais l'incident d'Apollo 13 en avril 1970 rajoute un élément de plus pour justifier l'arrêt du programme Apollo pour la classe politique américaine. En effet, après le sauvetage in extremis de Jim Lovell, Fred Haise et Jack Swigert, on tend à reconsidérer la sécurité de ces voyages sur la Lune. Un autre accident durant une mission lunaire serait un drame planétaire et le gouvernement des Etats-Unis ne peut pas prendre un tel risque pour l'image du pays. En conséquence, quelques mois après cet événement et bien que certains éléments de ces deux missions soient déjà en construction, la NASA annonce finalement qu'Apollo 18 et Apollo 19 sont elles aussi annulées. L'administration Nixon ira jusqu'à vouloir annuler aussi Apollo 16 et Apollo 17 pour que l'on planche le plus vite possible sur le projet de la navette spatiale (plus économique par définition que le programme lunaire) mais l'on parvint à lui faire entendre raison, ne serait-ce que pour la préservation de l'industrie aéronautique et astronautique dans les états où se trouvent les entreprises qui travaillent avec la NASA dans la conception et le développement des véhicules spatiaux.


C'est ainsi que les astronautes d'Apollo 17 Harrison Schmitt et Eugene Cernan se retrouvèrent désignés pour être les deux derniers Hommes à marcher sur la Lune au XXe siècle. Avant de remonter dans le module lunaire pour quitter la surface de l'astre, Cernan dévoila une plaque sur l'un des pieds de l'engin et prononça ses quelques mots : "[…]Alors que je fais le dernier pas de l'Homme depuis la surface – pour pas trop longtemps je l'espère -, j'aimerais simplement dire ce que je pense que l'Histoire retiendra. Ce défi que l'Amérique a lancé aujourd'hui a forgé le destin de l'homme de demain. Et alors que nous quittons la Lune à Taurus-Littrow, nous partons comme nous sommes venus et, si Dieu le veut, nous reviendrons, dans la paix et l’espoir pour l’humanité tout entière[…]".



L'histoire des missions annulées Apollo 18, 19 et 20 révèle bien le fonctionnement qui reste encore hélas aujourd'hui celui des explorations habitées de l'espace. Si la science y a une place plus importante que par le passé, il ne faut jamais oublier que tous ces projets sont surtout l'occasion pour les grandes puissances de montrer leurs capacités et maîtrises technologiques face à des concurrents, et l'on sait fort bien que les intérêts des hommes politiques changent rapidement. Le sort du programme Constellation de George W. Bush et les aléas actuels qui sont rencontrés par le programme Artémis de Donald Trump nous le rappellent encore de nos jours, près de cinquante ans après le dernier pas de l'Homme sur la Lune.


Mais avec l'émergence de nouvelles puissances spatiale, particulièrement la Chine, qui prennent à leur tour le chemin de notre voisine, rêvons que la nouvelle exploration de la Lune constituera dans quelques années non pas une seconde parenthèse enchantée mais une nouvelle phase durable de l'histoire spatiale.


Normand de 25 ans passionné par les dinosaures, l’astronomie et l’histoire, fan de la trilogie Jurassic Park, de Dragon Ball et adepte de C’est Pas Sorcier depuis l’enfance.

Suis aussi l’un des seuls êtres humains sur cette planète qui se démènent encore pour qu’un Visiteurs 4 se fasse.

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