Le trésor de Troie : entre vérité et légende

28/10/2015 | Archeologia

La zone de la célèbre Troie se situe sur la colline d’Hisarlik (qui est peu élevée par rapport à la plaine) qui sera occupée dès le 4e millénaire, à proximité du fleuve Scamandre (qui fournit l’eau douce à la population). Cette ville a énormément prospéré  car elle se trouvait à 5 kilomètres de l’accès aux Dardanelles qu’elle contrôlait (pour passer de la Mer Noire à la Mer Egée). Les navires devaient donc attendre un vent favorable pour espérer passer le détroit, d’où le profit qu’en tiraient les Troyens qui rançonnaient le passage et qui échangeaient des produits.

 

Vue en coupe du site avec ses neuf couches
Vue en coupe du site avec ses neuf couches

 

Bref aperçu historique

Comme pour tous les « tell » d’Orient, le premier habitat servait de base à l’agglomération suivante ce qui faisait monter le niveau de ces collines artificielles. Les tremblements de terre étaient très fréquents et affectaient ces sites. En 1871, Heinrich Schliemann fut le premier à découvrir l’endroit grâce à l’auteur Homère. Lorsque l’on fouille la ville, on doit redescendre jusqu’au fond pour découvrir la première couche de Troie. Il y a eu 8 grandes étapes de l’évolution de la ville depuis la fin du 4e millénaire.

Les 24 campagnes de fouilles qui s’y sont déroulées au cours des 140 dernières années ont mis au jour de nombreux éléments datant de toutes les périodes d’occupation de la citadelle et de la ville basse, notamment 23 sections de l’appareil défensif autour de la citadelle, révélant 11 portes, une rampe en pierre et les parties inférieures de cinq bastions défensifs. Ces éléments archéologiques datent presque tous de Troie II et VI. Toutefois, on a retrouvé une section du premier mur (Troie I) près de la porte sud du premier ouvrage défensif.

Le paysage environnant recèle de nombreux sites historiques et archéologiques importants, notamment des établissements et des cimetières préhistoriques, des sites funéraires hellénistiques, des tumuli monumentaux, des établissements grecs et romains, des ponts romains et ottomans et de nombreux monuments commémoratifs de la bataille des Dardanelles.

 

Vue de la ville aujourd'hui
Vue de la ville aujourd’hui

 

La question du trésor

Les premiers ensembles de bijouterie remontent à la période de l’Âge du Bronze. Le célèbre trésor de Troie trouvé par Schliemann en fut l’un des premiers. Durant les fouilles de 1873, il a découvert plusieurs ensembles d’orfèvrerie qu’il a baptisé « trésor de Priam » à défaut. Il indique l’endroit de la découverte du trésor, près de l’entrée principale de la ville de Troie II. En réalité, il a trompé tout le monde car il a découvert différents ensembles dispersés dans une vingtaine d’endroits différents dans le site de la ville et appartenant à plusieurs niveaux archéologiques. Mais en rassemblant tous ces trésors, il en a fait un grand trésor. Il est donc responsable de la polémique qui s’en est suivie.

Les pièces furent attribuées par Schliemann à l’époque de la guerre de Troie. Nous savons juste que la ville de Troie II fut détruite violemment, rien de plus. Il est donc arrivé quelque chose à cette époque pour que la cité soit détruite (incendie accidentel ou guerre ?).

 

Vue du trésor de Priam

 

Le destin de ces objets depuis leur découverte est un vrai roman feuilleton puisqu’une cinquantaine de musées eurent une part de ce trésor. Schliemann aurait également eu des ennuis avec les autorités d’Istanbul. Cinq grands musées eurent une partie : le British Museum notamment et ceux d’Athènes, d’Istanbul, de Berlin et de Saint-Pétersbourg. Les pièces les plus précieuses furent données à celui de Berlin. Après la seconde guerre mondiale, on n’a plus retrouvé ces objets. En réalité, les Russes avaient emporté en 1945 les caisses contenant le trésor de Troie.

On a appris plus tard que Staline avait ordonné d’enfermer le trésor dans des coffres et de ne plus le montrer aux gens. En 1996, le trésor est réapparu avec la dissolution de l’URSS.

Dans ce trésor, il y avait des vases en or, les fameuses saucières, des armes d’apparat et un nombre extraordinaire de bijoux (deux diadèmes complets, 60 pendants d’oreille, des épingles, 8 750 bagues, 6 bracelets et des milliers de perles). La technique appliquée est élémentaire, assez primitive. La plupart sont faits à la feuille d’or découpée et à la technique du filigrane.

Exemple de quelques bijoux 

Nous avons ici devant nous deux grandes épingles avec, à gauche, une de 6 cm. L’aiguille traverse l’objet et la tête de l’aiguille comporte un ornement. On va orner la partie supérieure d’une double feuille d’or découpée et posée de part et d’autre de l’aiguille. Le reste sera fait par des fils d’or et des recoupements avec les fameuses spirales pour le décor. À l’intérieur des alvéoles, il y avait de l’émail coloré qui donnait de la couleur au bijou.

L’autre épingle est un peu plus complexe avec le même principe. On a le fil d’or à la base qui solidifie le bijou. La plaquette est aussi double et est soudée à l’épingle dans la partie centrale. Dans la partie supérieure, on a fixé des minuscules petits pots pour garnir le haut du bijou. L’ensemble montre une simplicité de la technique qui s’appliquera aux autres bijoux comme les perles.

 

Deux épingles du Bronze Ancien
Deux épingles du Bronze Ancien

 

Les bijoux les plus célèbres sont les deux diadèmes qui se trouvaient dans le même ensemble, le trésor A. Ils sont différents avec un petit et un grand mais avec la même technique simple.

Le plus petit (à gauche) a un grand ruban étroit et long. Il est fait d’une simple feuille d’or et auquel on va attacher des chaînettes verticales qui alternent avec des plaquettes d’or en forme de losange. Les chaînettes au centre sont plus courtes que celles des côtés. Au bout de chaque chaînette est accrochée une feuille d’or avec un motif différent.

Le second n’a pas de ruban. Il est composé d’une longue chaine plus flexible. À cette grosse chaîne sont pendues un grand réseau de chaînes avec plus de plaquettes en forme d’écailles serrées.

 

Deux diadèmes du Bronze Ancien
Deux diadèmes du Bronze Ancien

 

Comment portait-on ces bijoux ? Schliemann a fait porter ces bijoux par son épouse grecque. Des reconstitutions ont été faites mais elles restent hypothétiques avec des carences. Il est fort probable que le petit diadème était porté sur une coiffe et non directement sur la tête. On doit plutôt les voir comme des parures de vêtements.

Même chose pour les pendants d’oreille qui présentaient des anneaux afin d’être accrochés. On pense aujourd’hui que c’était des ornements de vêtements qui étaient portés par plusieurs personnes.

 

Reconstitutions hypothétiques
Reconstitutions hypothétiques

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A propos de

Etudiant en Master d'Histoire de l'art et Archéologie, orientation Antiquité méditerranéenne. Mes recherches sont essentiellement tournées vers l'étude des sanctuaires italiens en Grande Grèce. Je profite de cette plateforme pour dépoussiérer certains mythes ou préjugés concernant l'archéologie de manière générale.